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Nouvelles technologies dans l’éducation

de nouvelles façons d’apprendre et de nouvelles compétences à acquérir, de nouvelles façons d’enseigner et d’organiser le temps scolaire:

conférence  « les mains dans le réel, la tête dans le virtuel » résumé de la conférence faite à l’invitation de la Haute École Charlemagne de Liège par Jack GUICHARD

A l’aube du développement de l’e-Learning, au moment où se multiplient les produits éducatifs numériques et ou explose la quantité d’information disponible sur internet, certains imaginent une école où le terminal numérique remplacera l’enseignant. Si techniquement cette solution est envisageable peut-elle remplacer l’école ?

Si vous souhaitez une conférence sur ce thème contacter : PLATEFORME 10 rue de la Boétie 75008 Paris France
www.plateforme.com/ Tel. : 33 (0)1 53 93 70 60

La tête dans le virtuel
Demain chaque élève aura son portable qu’il pourra utiliser de façon autonome à la maison ou dans les centres de documentation, mais qu’il pourra aussi relier au réseau de sa classe pour développer un travail en commun avec ses pairs.
Les programmes éducatifs permettront une évaluation systématique et continue des compétences et des connaissances acquises par les élèves. Ils commenceront par un test systématique et automatisé, afin de découvrir les processus d’apprentissages les plus performant pour chaque élève.
De nombreux indicateurs inclus dans les logiciels permettront une évaluation formative personnalisée et une remédiation adaptée. A chaque erreur de l’élève, ils proposeront des explications et des exercices adaptés. Ainsi on aboutira à un enseignement différencié et individualisé.
Le parcours dans les apprentissages pourra être adapté à chaque élève grâce à des programmes multimédias multipliant les types d’approche de chaque question. Les apprentissages seront construits à partir de situations problèmes permettant de construire un cheminement dans le savoir à partir de questionnements différents. L’enfant aura un véritable tâtonnement expérimental face à la machine, pouvant ainsi remettre en cause ses conceptions, mobilisant ses connaissances antérieures afin de les mettre en relation avec les nouvelles. Grâce aux réponses en temps réel de la machine, il pourra avoir une correction immédiate de ses erreurs, alors qu’il a encore bien en tête son raisonnement.
L’apprenant n’ayant pas peur du jugement de la machine, l’erreur retrouvera alors toute sa valeur pédagogique.
A un système d’éducation fondé sur la mémorisation, la généralisation du multimédia et des réseaux aura conduit à un système de construction de démarches et de connaissances fonctionnelles et une stratégie de navigation dans l’information.
Alors, devant ce tableau idyllique, l’enseignant aura t-il disparu ? et l’école elle-même ? Le corps professoral sera- t’il réduit à quelques concepteurs de produits ?

Apprendre ensemble

Une interaction intellectuelle via le réseau peut-elle être suffisante ? Les chercheurs ont démontré depuis longtemps le rôle de la coéducation dans les apprentissages et en particulier l’importance des interactions physiques et des échanges en direct, ainsi que l’importance du rôle de médiation directe de l’enseignant. Le système éducatif aura intégré que l’apprentissage le plus fécond s’effectue par accompagnement tutoriel de l’adulte et des confrontations entre les apprenants.

L’utilisation du multimédia ne conduira d’ailleurs pas à un apprentissage isolé, les enfants éprouvant le besoin de communiquer et d’agir ensemble, ce qui correspond d’ailleurs à une réalité sociale. Ainsi, l’école aura toujours un rôle essentiel et incontournable dans la socialisation et l’éducation citoyenne des enfants.

La tête et les mains dans le réel

L’apprentissage s’est effectué pendant des siècles par la confrontation avec les faits, la mise à l’épreuve, la référence au concret et au vécu, dans l’action sur le réel avec son père dans les champs ou avec son maître artisan. Le jeune enfant apprend avec ses mains, par le contact avec l’objet, par l’implication dans l’action comme l’ont bien démontré les expériences « hands on » des quartiers déshérités de Chicago et celles effectuées chez nous dans les ZEP.

L’éducation scientifique à l’école repose sur l’expérimentation et l’investigation directe sur des objets réels. Les recherches effectuées lors de la réalisation des espaces de découverte pour les enfants dans les musées ont montré à la fois l’intérêt et l’impact pédagogiques d’une telle démarche, mais aussi l’attractivité pour les enfants. Le rapport au savoir est favorisé par une approche du réel et ces lieux d’expérimentations interactives ont démontré leur intérêt pour les jeunes.

Mais ne pourrait-on pas remplacer ces expériences directes par la même démarche effectuée via l’ordinateur ?
Les recherches menées actuellement par mon équipe sur l’éducation scientifique permettent de relativiser le tout multimédia. En effet nous testons le rapport au savoir et l’impact sur la compréhension de phénomènes scientifiques à partir de manipulations réelles et d’expériences scientifiques recréées sur écran. Nous comparons l’intérêt pour les élèves, leur rapport au savoir et l’impact sur leur compréhension d’expériences en physique et en biologie. Ils peuvent les réaliser en manipulant des objets réels ou en pilotant des simulations informatiques.
Même si elle est favorisée par une expérience assistée sur écran qui inclue des explications et des réflexions adaptées aux essais et aux erreurs des élèves, dans tous les cas la compréhension est meilleure avec l’expérimentation réelle sur les objets.

Cette première approche de la question renforce l’importance donnée à une éducation scientifique à l’école par expérimentation directe, comme le préconisent les nouveaux programmes, et en particulier pour les élèves les plus en difficulté. On peut ainsi penser que cette forme d’éducation se poursuivra en face du multimédia à cause de l’apport complémentaire, par un rapport au savoir différent, que peut jouer le multimédia pour structurer et renforcer les apprentissages.

Donner envie d’apprendre
Mais ces écoles du futur, ces écoles de la réussite reposeront encore sur des enseignants qui auront d’abord pour mission de mettre en place les conditions indispensables aux apprentissages, en transmettant leur passion, en développant le plaisir de la découverte, en construisant avec chaque élève un projet d’apprentissage, en favorisant les relations aux autres.

Dégagés d’un face à face permanent avec le groupe classe, ils auront le temps de mettre en place des situations pédagogiques adaptées et d’effectuer une aide personnalisée au moment où l’élève en a besoin, aidé en cela par des marqueurs sur les produits d’apprentissages multimédia.

Ainsi l’école du futur sera celle d’une aventure guidée par des enseignants dans les savoirs.
Jack GUICHARD, Professeur des universités